Tom à la ferme
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À propos de la séquence didactique
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Séquence didactique
Cette séquence didactique répond aux exigences et aux objectifs du troisième cours de littérature au collégial intitulé Littérature québécoise (601-103-MQ) qui vise à ce que les étudiants puissent apprécier des textes de la littérature québécoise.
Choix de l’oeuvre
Tom à la ferme contient des thématiques incontournables du théâtre québécois, des années 1980 à aujourd’hui (le rapport de l’homme avec le corps, l’expression de la sexualité, la précarité du sentiment amoureux, l’instabilité du couple et de la famille, l’enfance et la réalité homosexuelle). Une part importante de la pièce est consacrée aux non-dits par le biais des mensonges et des pulsions (sexuelles et violentes) ainsi qu’à l’homosexualité. Ce sujet est souvent délaissé, mais il semble pertinent pour des étudiants en quête identitaire. De plus, son adaptation cinématographique récente (2014) offre une tout autre vision de l’oeuvre qui parait non négligeable.
Situation-problème
Le principal problème sur lequel s’appuie la séquence est la notion de famille. Un démantèlement du concept de la famille s’opère lors des années 1980 au Québec. Avant, la famille était une institution réconfortante et stable. Avec l’éclatement du genre théâtral, celle-ci perd son rôle de refuge rassurant et devient le lieu de conflits, de déchirements et d'incompréhensions. L’objectif d’apprentissage de la séquence est donc d’identifier les représentations de la famille dans des textes théâtraux de la littérature québécoise et de les comparer entre eux d'un point de vue critique.
Séquence
La séquence est divisée en 10 séances de deux heures (5 semaines).
PRÉPARATION DE LA LECTURE
1) Vérification de l’horizon d’attente des étudiants et mise en voix (séances 1a et 1b)
Pour aborder Tom à la ferme, une vérification de l’horizon d’attente des étudiants s’impose, tant par rapport à la pièce qu'au théâtre en général. Pour ce faire, nous questionnons directement les univers personnels des étudiants, afin de les impliquer dans la lecture et de rompre les fausses conceptions qu'ils pourraient avoir sur la pièce à l’étude (titre à l’accent bucolique et naïf, description des personnages et prescriptions de l’auteur). Par la suite, une mise en voix du premier tableau par les étudiants ou par le professeur favorise l’accès à une meilleure compréhension de celui-ci : les étudiants s’immiscent dans l’oeuvre et commencent à réfléchir sur la particularité du texte. Afin de mettre en relief ces particularités, les étudiants devront, en équipe, sans avoir lu le deuxième tableau de la pièce, écrire un texte d’invention à partir de l'indication suivante : Imaginez ce qui pourrait se produire au deuxième tableau de la pièce, en respectant les caractéristiques des personnages et les conventions théâtrales. Cette activité permet de développer les compétences en écriture des étudiants, mais aussi leur créativité. Elle sert aussi de prétexte pour aborder les spécificités du genre théâtral, entre autres, l’absence de narrateur et les conséquences de cette particularité sur les modes de transmission de l’information au spectateur.
2) Portraits de dramaturge et contexte sociohistorique (séance 2a)
Pour se donner un aperçu de la production théâtrale québécoise depuis les années 1980, les étudiants prendront part à des équipes d’experts. Ils travailleront sur le portrait d’un dramaturge québécois (Michel Tremblay, Michel Marc Bouchard, Daniel Danis, Wajdi Mouawad ou Robert Lepage) et sur le contexte sociohistorique du théâtre québécois, des années 80 à aujourd’hui (extraits de Biron, Dumont et Nardout-Lafarge, Histoire de la littérature québécoise). Cette activité permettra aux étudiants de contextualiser la pièce à l’étude et de voir qu’elle s’inscrit dans un paradigme socio-institutionnel et historique, donc qu’elle s’apparente à son époque, mais qu’elle s’en distingue également.
ENCADREMENT DE LA LECTURE
3) Subjectivité du lecteur (séance 2b)
Il est primordial d’aborder « le retour sur la lecture » en questionnant les étudiants sur ce qu’ils ont ressenti pendant la lecture de l’œuvre. La mise en commun des interprétations diverses des étudiants montre la polysémie du texte à l’étude. Ensuite, ils visionnent l’adaptation cinématographique de la pièce (et donc plus restrictive) de Xavier Dolan et répondent à un questionnaire qui guidera leur visionnement. Cette façon de faire vise à introduire l’approche culturelle dans l’enseignement. Les étudiants sont invités à confronter leur point de vue à celui de Dolan, en comparant les deux visions (qu’elles soient complémentaires ou contradictoires). Durant cette activité, les étudiants sont alors initiés à la critique.
4) Répliques clés de l’œuvre (séance 3a)
Les étudiants relèvent des répliques significatives de la pièce et les regroupent en ensembles porteurs d’une thématique commune. Cette activité permet d’initier l’étudiant au repérage d’informations pertinentes et à voir les oppositions fortes présentes dans le texte : la sensualité et la brutalité, la vérité et le mensonge, l’intériorité et les apparences, etc. De plus, cet exercice les prépare au travail de structuration des idées qu’ils réutiliseront lors de la rédaction du plan et de la dissertation de mi-session.
5) Les personnages principaux (séance 3b)
Cette séance porte sur l’étude des trois personnages centraux de la pièce (Tom, Agathe et Francis) répartis parmi six équipes. Les membres des équipes doivent dessiner un personnage et le camper dans un décor qui symbolise ce qu’il vit et ses relations avec son entourage. La mise en commun durant laquelle les équipes présentent leur dessin permet de faire ressortir les ressemblances et les différences des personnages. Elle permet aussi de comparer la façon avec laquelle ils vivent le deuil de l’amant de Tom. Par conséquent, bien que ce personnage ne prenne jamais la parole, les étudiants réalisent qu’il constitue tout de même le nœud dramatique de la pièce. Ultimement, cet exercice met en lumière les relations familiales complexes qu’entretiennent les personnages de la pièce. Le manque de communication, les mensonges, la violence et la peur ne sont que quelques exemples illustrant le démantèlement familial présenté dans l’œuvre.
6) Réseau de textes : thématique familiale, évaluation formative (séance 4a)
Les étudiants se regroupent en équipes et lisent l’un des extraits parmi les oeuvres suivantes : Bonjour, là, bonjour de Michel Tremblay, Les muses orphelines de Michel Marc Bouchard, Incendies de Wajdi Mouawad, La face cachée de la lune de Robert Lepage et Celle-là de Daniel Danis. Ils doivent répondre à un questionnaire qui les mène à identifier l’éclatement familial causé par les relations difficiles qu’entretiennent les personnages de ces pièces avec les membres de leur famille respective. Une mise en commun des réponses suit l’exercice. L’intérêt d’un tel réseau de textes réside dans le fait que les divers textes qui le composent partagent la même thématique. L'analyse de ces textes favorise le développement d'une réflexion sur la littérature comme réservoir d’idées et de valeurs. Les extraits choisis facilitent l’analyse critique, car l’étudiant doit comparer les textes en relevant des ressemblances et des différences significatives. En l’occurrence, Tom à la ferme intègre la même critique à l’égard de l’institution familiale que ces extraits. Toutefois, la manière dont cette critique est menée diffère d’un texte à l’autre.
7) Rencontres individuelles (séance 4b)
Les étudiants se présentent à tour de rôle au bureau de l’enseignant pour aborder leur plan de dissertation critique qu'ils compléteront durant les prochaines séances.
8) Évaluation sommative : Dissertation critique (séances 5a et 5b)
Les séances 5a et 5b closent la séquence sur Tom à la ferme. Les étudiants rédigent une dissertation critique qui compte pour 30% de la session. Chaque étudiant choisit un extrait parmi les cinq abordés lors de la séance précédente (4a) et le compare avec un extrait de Tom à la ferme déterminé préalablement par l’enseignant. Ils doivent rédiger une dissertation à partir de l’énoncé suivant : Peut-on affirmer que les deux extraits partagent la même vision de la famille ? La question suppose que l’étudiant doive d’abord relever, dans les extraits, des procédés stylistiques propres au genre théâtral et des représentations de la famille. Par la suite, elle les amène à comparer deux œuvres qui peuvent présenter des ressemblances et des différences dans cette représentation. Dès lors, l’étudiant doit choisir des critères de comparaison pertinents qui l’amènent à justifier son point de vue. La dissertation critique concrétise parfaitement l’objectif principal de la séquence : identifier les représentations de la famille dans des textes théâtraux de la littérature québécoise et les comparer entre eux, en développant un point de vue critique.
Références
Biron, M., Dumont, F. et Nardout-Lafarge, É. (2010). Histoire de la littérature québécoise. Montréal: Boréal.
Bouchard, M. M. (1988). Les muses orphelines. Montréal : Leméac.
Bouchard, M. M. (2011). Tom à la ferme. Montréal: Leméac.
Danis, D. (1993). Celle-là. Montréal: Leméac.
Dolan, X. (2014). Tom à la ferme [film].
Lepage, R. (2000). La face cachée de la lune. Les éditions de l’Instant même et Ex Machina.
Mouawad, W. (2003). Incendies. Actes Sud.
Tremblay, M. (1974). Bonjour, là, bonjour. Montréal: Leméac.