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Les Soleils des indépendances

Nom de l'auteur ou autrice de l'oeuvre
Prénom
Ahmadou
Nom
KOUROUMA

À propos de l'oeuvre

Titre
Les Soleils des indépendances
Genre
Roman
Courant
(vide)
Siècle
20e siècle
Année de parution
1995
Titre

Auteure ou auteur

Nom de l'auteur ou autrice de l'oeuvre
Prénom
Ahmadou
Nom
KOUROUMA
Nationalité
Africaine

À propos de la séquence didactique

Membres de l'équipe
Marie-Claude Béland
Session du depot
Date du dépôt
automne 2005
Groupe d'âge visé
Collégial
Mots clés
oralité, tradition orale, postmodernité, métissage, interculturalisme, multiculturalisme, négritude, ghetto, ghettoïsation, colonisation, ethnocentrisme, préjugé, altérité, littérature africaine, littératire migrante, littérature québécoise
Droits d'auteur
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Séquence didactique

Séquence

JUSTIFICATION DU CHOIX DE L’ŒUVRE

 

Dans le cadre du cours Littérature et imaginaire (601-102-04), il nous apparaît intéressant et pertinent de faire découvrir aux étudiants des œuvres littéraires portant sur la rencontre des cultures, car les œuvres traitant de ce sujet relatent souvent plusieurs représentations du monde. Le ministère de l’Éducation du Québec s’est doté d’une politique sur l’éducation interculturelle et d’un plan d’action qui sert de référence au programme de formation à l’enseignement. Par le biais d’oeuvres traitant de la diversité culturelle, nous avons l’intention de faire notre part dans l’éducation interculturelle des étudiants en promouvant le «vivre ensemble[1]» dans une perspective à la fois de prise en considération de la diversité et de cohésion sociale. Le roman Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma[2]  nous semble approprié pour aborder la rencontre des cultures en classe. La séquence didactique que nous présentons cherche à résoudre les deux problèmes suivants :

 

-                     Comprendre les enjeux réels de la rencontre des cultures dans la littérature.

-                     Déceler la présence d’oralité dans les œuvres littéraires.

 

PRÉPARATION À LA LECTURE

 

Première activité :

Pour commencer, l’enseignant fait lire à ses étudiants un extrait de Guanahani [3] de Louis Lefebvre sans leur mentionner ni le titre ni l’auteur du roman. Lorsque les élèves ont terminé la lecture du chapitre 4, il leur pose oralement quatre questions qui sont ensuite discutées en plénière :

  • En quelle année fut écrit ce livre ? 
  •  En quelle année se déroule l’histoire ? 
  • Quelle est l’importance du personnage du script dans cette histoire ? 
  • De quelle nationalité est l’écrivain de ce roman ?    
  • De quelle rencontre historique l’auteur s’est-il inspiré pour écrire ce roman?

Ces questions visent à créer un conflit cognitif chez les étudiants. On peut s’attendre à ce que quelques-uns répondent qu’il s’agit d’un roman écrit au temps de la colonisation, car le style et le sujet de cet extrait peuvent porter à confusion. L’enseignant peut faire circuler le roman dans la classe pour que les étudiants prennent connaissance du type de roman dont il s’agit tout en donnant les réponses aux questions posées précédemment. Cet extrait permet de faire réaliser aux étudiants que la littérature postmoderne fait le métissage des époques et des cultures.

 

Deuxième activité :

 

La nouvelle «Noir et blanc[4]» de Monique Proulx est distribuée aux élèves. En équipe de quatre, les étudiants doivent répondre à la lettre ouverte adressée à Malcolm X. Ensuite, chaque équipe est appelée à lire sa réponse et une discussion suit chacune des lectures. Cette nouvelle a été choisie spécialement pour faire comprendre aux étudiants les notions de négritude, de ghettoïsation, de préjugé, d’altérité, d’ethnocentrisme et pour les amener graduellement à adopter une attitude tolérante, respectueuse et solidaire envers tous les «porteurs de culture[5]». Il y a effectivement parenté entre cette activité et l’analyse de l’œuvre, car elles ont toutes deux comme objectif de faire voir aux étudiants la dualité et le métissage culturel qu’entraîne le multiculturalisme.

 

Troisième activité :

La troisième activité prend la forme d’un cours magistral. Les étudiants sont toutefois invités à participer au cours et à poser des questions. La théorie est indispensable lorsqu’on aborde une nouvelle matière. Ce cours est une introduction à la littérature africaine. Les notions qu’acquerront les étudiants durant ce cours sont indispensables à la compréhension du texte à l’étude.

 

Quatrième activité:  

 

L’enseignant questionne ses étudiants sur le titre du roman à l’étude, sur la première de couverture et sur la maison d’édition. Puis, il leur lit le texte de la quatrième de couverture et ensuite l’incipit. Il attire leur attention sur la musicalité des mots et le rythme du langage africain. Si un tel travail sur «l’objet livre[6]» est réalisé avec étudiants, c’est pour qu’ils se familiarisent avec le roman. La lecture de l’incipit en classe a pour objectif d’orienter la lecture personnelle des étudiants. L’important, c’est qu’ils visualisent le récit, qu’ils soient capables « […] de se projeter dans un espace imaginaire et sensible[7] ». De plus, en lisant les premières lignes du roman, l’enseignant peut leur faire remarquer les premières traces d’oralité dans l’œuvre.

 

 


PENDANT LA LECTURE

 

Cinquième activité :

 

Il est demandé aux étudiants de tenir un journal tout au long de leur lecture du roman. Dans ce journal, ils notent chaque incompréhension et difficulté rencontrées en cours de lecture. Une partie de ce journal est réservée à l’autocorrection, ainsi l’enseignant pourra voir si l’étudiant a cherché à résoudre ses problèmes de lecture durant les heures de cours. Une période de questions peut être aménagée au début de chaque cours pour répondre aux questions des étudiants au sujet du roman. Les journaux de lecture seront remis à l’enseignant après la lecture et commenté par lui avant d’être retournés à leurs auteurs.  

 

Sixième activité :

 

L’enseignant distribue aux étudiants les paroles d’une chanson d’Alpha Blondi, chanteur ivoirien engagé, qu’il leur fait ensuite entendre. Cette chanson a pour titre «Les Voleurs de la république (Cleptocratie)[8]». Les thèmes et les procédés stylistiques contenus dans cette chanson pourront être dégagés collectivement. L’objectif poursuivi avec cette activité est de montrer aux étudiants que la culture ne se retrouve pas que dans les livres et que les Africains possèdent une vaste tradition orale. Cette activité permet aussi de faire réaliser aux étudiants que les thèmes et les procédés stylistiques de cette chanson se retrouvent également dans Les Soleils des indépendances. Par l’entremise de cette chanson, il est également possible de faire ressortir les ressentiments qui perdurent chez les Africains plusieurs années après la colonisation.

 

Septième activité :

 

La septième activité consiste à demander aux étudiants d’écrire individuellement un paragraphe pour expliquer cette phrase de Jacques Godbout : «Écrire, c’est immigrer[9]». Les réflexions recueillies lors de cette activité répondent au quatrième élément de compétence exigé dans ce cours : dégager les rapports entre le réel, le langage et l’imaginaire. Par analogie, l’enseignant peut faire découvrir à ses étudiants que la lecture est un voyage dans le temps et dans l’espace. Nous croyons que cette représentation de la lecture et de l’écriture convient tout à fait au thème central de notre séquence didactique : la rencontre des cultures.

 

Huitième activité :

 

L’enseignant fait visionner aux étudiants Le Sifflet[10], court métrage sénégalais réalisé par As Thiam. Il leur demande ensuite de se mettre en équipe de deux et de répondre à ces quelques questions :
 

 

  • Quels sont les principaux thèmes dans ce court métrage ? 
  • Quels thèmes retrouve-t-on également dans Les Soleils des indépendances ? 
  • Peut-on affirmer qu’il y a dualité culturelle dans Le Sifflet ? Pourquoi ?
  • Quels sont les principaux procédés stylistiques dans Le Sifflet ?
  • Quels sont ceux que l’on retrouve également dans l’œuvre de Kourouma ? 
  • Que peut-on déduire de ces ressemblances ?
     

 

Les réponses à ce questionnaire seront discutées en plénière. Le conte philosophique africain à la base de ce court métrage se rapproche du roman de Kourouma dans la mesure où il y a des thèmes et des procédés stylistiques semblables, mais aussi parce que le sifflet magique cause autant de problèmes aux protagonistes que l’ère des indépendances a provoqué de l’espoir et de la malice chez les personnages de Kourouma. La littérature orale est aussi très présente dans ce court métrage. Cette activité permet également de faire réaliser aux élèves que les connaissances acquises sur la littérature africaine sont transférables au genre cinématographique.

 

 


APRÈS LA LECTURE

 

 


Neuvième activité :

 

Cette neuvième activité consiste à faire rédiger aux étudiants une réflexion critique sur leur propre culture. L’incipit de Pays sans chapeau de Dany Laferrière décrit le retour d’un écrivain dans son pays d’origine. Après leur avoir fait lire cet incipit individuellement en classe, l’enseignant demande aux étudiants d’en écrire un pastiche. Les étudiants doivent se mettre dans la peau d’un émigré qui revient au Québec après plusieurs années d’absence. À la suite de cet exercice, les étudiants échangent leurs copies et commentent le texte d’un autre étudiant. Une plénière suit cette activité. Pour écrire un pastiche de l’incipit de Pays sans chapeau, les étudiants doivent bien comprendre l’« hypotexte ». Cet exercice permet de « […]consolider les acquis en matière de lecture et d’écriture.[11] » Les pastiches des étudiants devront rendre compte des effets du métissage culturel.

 

Dixième activité :

 

L’enseignant distribue aux étudiants une feuille sur laquelle sont compilés quelques proverbes haïtiens extraits de Pays sans chapeau. Ensemble, les étudiants et l’enseignant examinent ces proverbes et tentent de trouver des expressions équivalentes dans notre littérature orale. Les deux littératures orales peuvent ainsi être comparées, ce qui permet de faire ressortir, s’il y a lieu, la différence entre les procédés stylistiques employés dans les deux cas. Cette note de l’auteur peut également être analysée : « Les proverbes haïtiens qui sont mis en exergue à tous les chapitres de ce livre sont transcrits en créole plutôt étymologique que phonétique et traduits littéralement. De cette manière, leur sens restera toujours un peu secret. Et cela nous permettra d’apprécier non seulement la sagesse populaire, mais aussi la fertile créativité langagière haïtienne.[12]»

 

Cette activité a pour objectif de montrer aux étudiants que tous les peuples du monde possèdent une tradition orale, que celle-ci tend à disparaître et qu’il est difficile de la transposer à l’écrit. C’est une belle occasion de réfléchir sur le problème qui se pose à propos de la transcription de cette culture : est-il possible de la transcrire sans la trahir ?

 

Onzième activité :

 

L’enseignant remet aux étudiants le journal de lecture corrigé et ceux-ci prennent connaissance de ses commentaires. Cette activité vise à donner un « feedback » à l’étudiant à propos de l’utilisation de son journal de lecture et sur les efforts qu’il a déployés pour améliorer sa compréhension du roman Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma.

 

Douzième activité :

 

Les étudiants doivent répondre à deux questions à court développement sur Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma. Les étudiants ont droit à toutes leurs notes pour répondre à ces questions.

 

  • Quels sont les principaux procédés stylistiques et littéraires utilisés pour le développement du thème de la rencontre des cultures dans le roman de Kourouma?
  • Pourquoi Fama meurt-il à la fin du récit ? 

     

Cet examen vise à évaluer la compréhension des étudiants du roman Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma et de toute la matière vue durant la séquence didactique.

 

CONCLUSION

 

Le sujet de notre séquence didactique nous a permis d’aborder des œuvres de la littérature québécoise contemporaine, de la littérature migrante et de la littérature africaine. Ces œuvres traitant de la rencontre des cultures se complètent et se répondent. Nous avons veillé à ce que les problèmes posés par notre séquence didactique se résolvent peu à peu selon une approche constructiviste.

 

 

[1] Fasal Kanouté (2003), L’interculturel en classe. Colloque «Intégration et scolarisation des élèves immigrants». www.meq.gouv.qc.ca/dscc/Colloque/conferences/atelierB-9.pdf (visité le 8 décembre 2005)

[2] Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances, Paris, Éditions du Seuil, 1970.

[3] Louis Lefebvre, Guanahani, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1992, p. 23-25.

[4] Monique Proulx, «Noir et blanc», dans Les Aurores montréales, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1997, p. 139-144.

[5] Fasal Kanouté (2003), L’interculturel en classe. Colloque «Intégration et scolarisation des élèves immigrants». www.meq.gouv.qc.ca/dscc/Colloque/conferences/atelierB-9.pdf (visité le 8 décembre)

[6] Yves Reuter (1981), «L’objet livre», Pratiques, no 32, p. 105-113

[7] Jean-Charles Chabanne, «La lecture avant la lecture», Le Français aujourd’hui, no 117, mars 1998, p. 89

[8] Alpha Blondy, Élohim, Sony music, 2000.

[9] Michel Laurin, Anthologie de la littérature québécoise, Anjou, Les éditions CEC Inc., 1996, p. 278

[10] As Thiam, Le Sifflet, Laterit production, (Sénégal) 2004. http://www.clapnoir.org/fiches_films/films/le_sifflet.htm (visité le 10 décembre)

[11] André Petitjean (1984), «Pastiche et parodie : enjeux théoriques et pédagogiques», Pratiques, no 42, p. 6

[12] Dany Laferrière, Pays sans chapeau, Québec, Lanctôt éditeur, 1999, p. 8